3èmes journées scientifiques de Médecine militaire au Mali La Société malienne de la Médecine militaire est née

L’école de maintien de la paix Alioune Blondin Bèye a abrité les 13, 14 et 15 Avril 2016, les 3èmes journées scientifiques des Services de santé des armées sous le thème : ‘’Prise en charge des blessés et malades de guerre’’.

Le choix de ce thème est d’une actualité vu les évènements survenus ces derniers temps au Mali, dans la sous-région et dans le monde. En outre, cette année dans la seule région militaire de Tombouctou, 88 personnes ont été victimes de blessures de guerre. Dont 51% survenus lors des embuscades, 34% lors des coups de main, 6% par des engins explosifs improvisés et 7% par des accidents de la route.

Cette session, 3ème du genre est organisée par la Direction Centrale des Services de santé des armées (DCSSA). Ils sont 250 agents de santé militaires et civils venus du Mali, du Sénégal, du Niger, du Togo, du Bénin et de la France qui ont pris part à ces assises.

Durant 3 jours les experts militaires du Mali et de la sous-région, en partenariat avec leurs collègues civils, ont apporté leur savoir-faire au tour du thème central ‘’Prise en charge des blessés et de malades de guerre’’ et des sous thèmes comme : ‘’les accidents de la voie publique, l’aptitude, l’expertise des armées, l’hygiène dans les garnisons et hôpitaux, luminoprofelaxie et la chimiothérapie dans les armées.

Le président du Comité scientifique de ces journées, le Général Gangaly Diallo a déclaré que les forces armées du Mali ont plus que jamais besoin de jouer pleinement leur rôle face aux défis actuels tout en notant que malgré les moyens limités de l’armée, les FAMa ainsi que les populations civiles ont besoin que leur santé soit soutenue et maintenue. Il a affirmé que la prise en charge médicale par la santé militaire ne peut et ne doit être orientée que vers des résultats correspondants à ceux de la manière pratique médicale c’est-à-dire ‘’Of Best Medical Pratic’’.

Pour lui, les blessures de guerre ont beaucoup changé avec l’utilisation plus fréquente d’armes explosives et de nombreuses victimes dans la population civile. Ainsi, ces victimes présentent très souvent des lésions étendues, complexes et contaminées qui peuvent évoluer vers des handicaps physiques et psychiques, a-t-il souligné.

Le Général Gangaly a aussi ajouté que les conflits armés en général font aussi des victimes indirectes. Car, l’effort de guerre matériel, économique et personnel entraine chez les populations le plus souvent déplacées, une accentuation de la paupérisation, la malnutrition, la précarité des conditions d’hygiène qui, à leur tour, favorise des maladies.

Quant aux accidents de la voie publique, le Général Diallo a noté qu’ils représentent toujours un véritable problème de santé publique dans le monde et augmentent au cours des affrontements armés. Pour lui, les armes de destructions massives sont utilisées sur les voies routières, aériennes et maritimes qui sont difficiles à sécuriser et continuent à nuire même après les hostilités.

Au cours de ces journées scientifiques, il a annoncé la création très prochaine de la société malienne de médecine militaire. Cette société aura pour but de promouvoir la santé militaire au Mali, mais aussi de participer à l’effort de développement socio-sanitaire du pays. Dans la prise en charge des populations militaires et civiles, elle participera à la formation continue du personnel de santé en général. Cette société travaillera en réseau avec les autres sociétés savantes de par le monde dans le but d’offrir des soins de qualité et adaptés à chaque patients grâce à l’actualisation des connaissances et aux échanges d’expériences. Enfin, le Général Diallo a salué la mémoire de nos soldats tombés sur le champ de l’honneur.

Quant au Directeur Central des Services de Santé des armées, le colonel-major Charles Fau, ces journées permettront de catégoriser nos blessés et d’évaluer la prise en charge dont ils ont bénéficié afin de proposer un schéma plus adéquat et plus efficace de prise en charge des blessés et malades de guerre. Il a ajouté qu’elles permettront également de comparer nos pratiques avec celles qui se passent ailleurs sous d’autres cieux.

Il a profité de l’occasion pour remercier les représentants du Sénégal, du Niger, du Togo et de la France qui ont bien voulu honorer de leurs présences ces journées, mais aussi pour la production de leurs communications scientifiques. Pour lui, force est de constater qu’elle est limitée dans ses actions par la faiblesse de ses moyens (absence d’hôpital militaire, absence de moyens adaptés, plateaux techniques obsolètes au niveau de certains infirmeries de garnison).

Le colonel-major Charles Fau a rappelé que le dernier recrutement de spécialistes opérant 2014 et dont les premiers ont pris fonction en début d’année a donné du sang neuf à notre armée. Il a remercié le Directeur des Finances et du Materiel des armées pour l’installation de ces nouveaux médecins dans nos différentes infirmeries de garnison. Il a souligné l’absence de crédit alloué à la DCSSA pour la recherche technique. Le Colonel Major Charles Fau a aussi appelé à la promotion de la recherche dans les armées et services pour aider à un développement humain durable de notre pays. Il a affirmé que la tenue de ces journées scientifiques est un véritable outil d’incitation à la recherche.

Selon lui, ces journées représentent un excellent outil de renforcement de capacités du personnel soignant des armées, mais aussi le raffermissement du partenariat civilo-militaire dans le domaine de la recherche sur la santé. Il a appelé à la mise en place d’une convention hospitalo-universitaire entre la DCSSA et l’Université des sciences techniques et de technologies de Bamako, la mise en place d’un partenariat avec les ministères de la Défense et de la Santé sur l’utilisation du personnel qualifié des armées qui sera à l’avantage des usagers de service de santé publique. Selon lui, ces journées permettront de former nos personnels, de les recycler, de procéder à des recherches pour servir notre armée et notre pays.

Il a mis l’accent sur les douloureux évènements du Nord qui ont permis de constater qu’: ‘’un soutien de santé à hauteur de souhait galvanise la troupe, rassure les parents des combattants quant à leur pris en charge’’. Le colonel-major Fau a ajouté qu’un service de santé compétant avec un plateau technique efficient est un facteur de succès pour les missions des FAMa. Il espère sur la Loi d’Orientation et de programmation militaire qui prévoit la création d’un hôpital militaire, la reconstruction et la rénovation des infirmeries de garnison qui deviendront des centres médicaux des garnisons et le rehaussement du plateau technique.

Au cours de ces journées le ministère de la Santé a remis un important lot de matériels médicaux au Ministère de la Défense et des anciens combattants pour l’équipement de l’infirmerie de garnison de Tombouctou.

Le ministre de la Défense et des anciens combattants, Tiéman Hubert Coulibaly qui a présidé la cérémonie d’ouverture a, avant de déclaré ouvert ces 3èmes journées, annoncé la mort de 2 soldats français qui ont succombé à leurs blessures lors de l’explosion d’un engin explosif au passage de leur vehicule près de Tessalit. Il a annoncé que la réalisation de l’hôpital militaire à hauteur de 7 milliards de FCFA est programmée. Il a assuré le DCSSA et les participants de tout son soutien. Il a aussi annoncé l’acquisition prochaine d’un premier hélicoptère (Super Puma) avec des capacités d’évacuation sanitaire et un 2ème Casa 295 qui sera livré bientôt.

Les deux premières journées ont été consacrées au développent du thème central et des sous thèmes. Quant à la 3ème journée, elle s’est articulée autour de la présentation des rapports d’activités des différentes structures de soins des armées et la création de la société malienne de médecine militaire. Il s’agit là d’une société savante, cadre propice pour la formation continue du personnel, de la recherche, mais aussi un véritable outil d’aide à la décision.

Pour le Médecin Lieutenant-colonel Ousmane Ly, membre du Comité d’organisation de ces journées, les objectifs ont été atteints, car il y’a plus d’une trentaine de communication scientifique et 20 conférences de haut niveau. Il en appelle aux soutiens tant financiers que matériels des autorités militaires.

Sgt Malamine TANGARA