Discours du Chef d’État Major de l’Armée de Terre entrant

DSC_8544APPEL PRONONCE PAR LE CHEF D’ETAT-MAJOR DE L’ARMEE DE TERRE, LE COLONEL-MAJOR ABDRAHAMANE BABY, LORS DE LA CEREMONIE DE PRISE DE COMMANDEMENT A KATI LE SAMEDI 18 JUIN 2016

  • Monsieur le Chef d’Etat-Major Général des Armées
  • Monsieur le Secrétaire Permanent du Comité National de Coordination de la mise en œuvre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali
  • Messieurs les Officiers Généraux
  • Monsieur le représentant de l’Inspecteur Général des Armées et Services
  • Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat-major et Directeurs de service
  • Messieurs les Attachés de Défense, ici présents
  • Les représentants de Barkhane, de la MINUSMA et d’EUTM
  • Les autorités administratives et les élus du cercle de Kati
  • Le Commandant de la 3ème Région Militaire
  • Les autres Commandants de Régions Militaires ici présents
  • Les Chefs religieux et coutumiers de Kati
  • Les Chefs de corps et équivalents
  • Officiers, sous-officiers et militaires du rang
  • Chers membres des familles
  • Honorables et distingués invités, en vos rangs, grades et qualités
  • Tout protocole observé
  • Mesdames et Messieurs

Bonjour et merci d’honorer de votre présence, la cérémonie de prise de commandement qui nous réunit ce matin, sur la place d’armes de Kati et dont vous rehaussez tout particulièrement l’éclat.

1. Les plus hautes autorités politiques et militaires de notre patrie, le Mali ont porté leur choix sur ma modeste personne, pour commander l’Armée de Terre. J’en suis très honoré et je leur exprime ma profonde gratitude pour cette grande marque de confiance. Je tiens tout d’abord, en toute humilité, à rendre grâce au Tout Puissant, Le Créateur et très Miséricordieux, pour tous Ses Faits. Ensuite, je remercie, avec vénération, nos parents, nos devanciers émérites, avec une palme pour ceux de l’Armée des pionniers, pour leurs efforts inlassables et multiformes, qui nous ont permis de vivre ces instants. Enfin, je rends hommage, avec panache, et de la manière la plus solennelle, à l’ensemble des femmes en général, et dont le rôle dans notre être et notre devenir, constitue un facteur vital à saluer encore et toujours. En ce jour samedi 18 juin 2016, je viens d’être investi de l’autorité de Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre, en vue d’exercer ce haut commandement, de façon fraternelle, professionnelle et paternelle, au nom de notre mission que nous allons exécuter ensemble, pour servir notre pays.

 

2. Je mesure avec responsabilité les obligations de la mission à nous confiée et j’assume avec enthousiasme mon rôle de « leadership » dans le travail de construction que nous allons  abattre ensemble, pour ajouter notre pierre au renforcement de l’Armée de Terre, l’une des charpentes de notre institution militaire. Je m’engage, en toute bonne foi, et dans le cadre de mes prérogatives, à donner le meilleur de moi-même dans l’exécution de cette noble mission, historique et collective : un binôme inséparable. Avant de progresser, je me dois de citer tous les Chefs d’Etat-Major de l’Armée de Terre qui étaient là avant nous et qui ont commencé, puis poursuivi cette œuvre d’édification de 1960, hier, à aujourd’hui 2016, pendant 56 ans, plus d’un demi-siècle durant. J’ai nommé : le Capitaine Sékou TRAORE, le Général de Brigade Abdoulaye SOUMARE, le Colonel Pinana DRABO, le Cdt Binem POUDIOUGOU, les Lt-col Bougari SANGARE, Mamadou MARIKO, Sory Ibrahim SYLLA,      le Cdt Abdoulaye OUOLOGUEM, les Lt-col Koké DEMBELE, Ousmane COULIBALY, Kafougouna KONE, Souleymane DAFFE, Ousmane MAIGA, Pangassy SANGARE, Siriman KEITA, les Colonel Sadio GASSAMA, Yacouba SIDIBE, Minkoro KANE, Gabriel POUDIOUGOU, les Généraux de Brigade Mamadou Adama DIALLO, Kalifa KEITA et le Colonel-Major Ibrahim FANE. Nous les remercions pour leurs contributions constructives dont nous nous inspirerons et nous prions toujours pour le repos des âmes de ceux-là qui nous ont déjà quittés, hélas.

 

3. En ces instants, le conscient devoir de Mémoire, de Considération et de Reconnaissance m’impose de m’incliner pieusement devant le sacrifice suprême des chers camarades tombés au champ d’honneur. Aux morts, je pense aux Colonels Faïssale AG KIBA et Salif Baba DAOU, aux Commandants Oumar Idrissa MAIGA et Karim NIANG, aux Capitaines Sékou TRAORE et Mamadou Bocar TOURE, aux Lieutenants Moulaye Idriss COULIBALY et Mamadou DOUMBIA, au Major Boubacar SOUNTOURA, aux Adjudants-Chefs Mamadou FOFANA, Toumany SIDIBE, Sungalo DABOU, Alfred COULIBALY, Boubacar BAMBA, aux Adjudants Lassine B KEITA, Alfousseyni YATTARA, Amara FOFANA, Salif BAGAYOKO, Ilyasse AG INTIKOWWA, aux Sergent-Chefs Boubacar TRAORE, Mathias KONATE, Lucien KEITA aux Sergents Mahamane Ango COULIBALY, Abdoulaye KOUYATE, Mamadou KONE, Kalilou DIARRA, Seydou TRAORE, Djibril COULIBALY, Mamery TRAORE, aux Caporaux-Chefs Effagaye AG SOUDEYNA, Issouf LOLEN, Youssouf O. LOULOU, aux Caporaux Baba SINABA, Youssouf YATTARA, Moussa ADEA, Mama TOURE, Sadio KEBE, Daouda SANGARE, Fidel KONE, Modibo GUINDO, Aliou MAIGA, Soumaila NIAMBELE, Abdoulaye DOUYON, aux soldats, cavaliers et chargeurs servant tireur Issa DOUMBIA, Mamadou GOITA, Allaye Hamadoun HAIDARA, Daniel KEITA, Ousmane TRAVELE, Boubacar HAROUNA, Mohamed ASSIMI, Bakary Oumar DIALLO, Mohamed DISSA, Abass HOUDOU, Abdrahamane KABA,               Sagou TAPILY, Issouf DIARRA, Silvain KEITA, Balla MAGASSA, Sory SAWADOGO, Adama BAGAYOGO, Hamed M’BAREK, Hainala OULD ALIOU, Lamoussa BIRI, Mohamed KANOUTE, Bakary Seni KAMATE, Landry DAKO, Oumar DRABO, Abderhamane BABY, Bouyati DIALL, Drissa OUEDRAGO, Simon SAMAKE, Mamadou MARIKO, Hanta TOUNKARA, Bourama DOUMBIA, Guediouma SANOGO, Oumar DICKO, Faisal YATTARA, Makan NAMAKO, Bekaye TANGARA, Bourehima SAYE, Siaka BOUARE, Kalilou BERTHE , ainsi que tous les autres glorieux compagnons disparus, et dont nous nous souvenons très affectueusement, en toute reconnaissance et avec un grand respect.

La même conscience me commande aussi de souhaiter, ardemment, un prompt rétablissement à nos camarades blessés, et elle m’appelle à être en totale communion avec tous les frères d’armes (officiers, sous-officiers et militaires du rang) qui sur les théâtres et zones d’opérations (MALIBA, SOUTOURA, SENO, FAABA LAKANA et autres) ou dans les états-majors, directions, garnisons et autres structures remplissent LA MISSION. Ceux-là qui l’accomplissent avec un sens élevé du devoir, une très grande abnégation, un professionnalisme exemplaire qui force le respect et dans une cohésion de fer, voire une union sacrée. Je me permets d’associer à ma voix, humblement avec leur permission implicite, celles de toutes les familles de militaires, voire de tous nos amis tout simplement.

 

4. Historique disais-je, car notre pays, le Mali, est confronté à un défi sécuritaire, sans précédent, caractérisé surtout par des actions de groupes terroristes qui ont occupé une partie du pays depuis 2012 et conduit à l’intervention militaire de la communauté internationale, à partir de janvier 2013, pour nous aider. C’est l’appel du Mali, face à un ennemi non conventionnel et asymétrique, qui a découvert son front. Cette situation d’agression terroriste a menacé l’existence même de notre patrie et porte atteinte encore à ses intérêts fondamentaux et vitaux : notre intégrité territoriale, notre sécurité nationale, voire notre démocratie laïque. Elle est très certainement une opportunité aussi, pour nous de comprendre et d’accepter de changer en mieux, le devoir angulaire, en nous engageant individuellement, collectivement et continuellement à corriger nos faiblesses et à améliorer nos atouts. A tout cela, nous devons continuer à faire face entièrement et en premier. « Oui, nous avons besoin d’aide pour nous défendre et terrasser le lion, mais nous avons le devoir et la responsabilité première, d’y mettre le plus de ressources, afin de maîtriser, nous-mêmes d’abord, la tête de la bête. » Dès lors, aujourd’hui plus que jamais, l’impératif des sacrifices individuels et collectifs s’impose, à chacun singulièrement et à tous ensemble, membres de la même Armée, débout sur les remparts.

 

 

5. Je me dois alors, de lancer un Appel de frères d’armes, aux militaires avec qui j’ai la mission, l’honneur, la chance, la confiance, l’obligation, la charge ainsi que la responsabilité de faire avancer encore plus l’Armée de Terre, dans sa préparation générale et son indispensable marche à l’ennemi, tous ensemble au coude-à-coude. Cet Appel fraternel et solennel s’impose à nous, du fait de notre serment individuel et collectif de défendre l’intégrité territoriale de notre patrie, d’assurer la sécurité des personnes et des biens et de défendre les intérêts supérieurs du Mali. Ces engagements vis-à-vis de notre Nation, mais aussi et surtout l’obligation d’honorer le sang versé au fil des générations pour l’avènement du Mali qui a fait de nous ce dont nous sommes le plus fier, nous interpellent. En plus, les graves réalités sécuritaires actuelles s’imposent naturellement à nous, comme le défi à relever, la principale mission à réussir, le devoir de notre génération et dont nous payons le prix du sang, avec des amis qui luttent avec nous et qui sont là pour un temps donné.

 

6. Je dis donc, que pour notre génération, la noble et exaltante mission dans laquelle nous avons choisi de nous engager librement, et qui nous incombe à chaque instant, oui notre vocation, ce sacerdoce de servir notre pays par notre adhésion au « code du port de l’uniforme », sous le Drapeau Vert-Or-Rouge, exige de nous le sursaut dans un bon collectif, pour trouver ensemble les solutions idoines aux enjeux et défis du moment, dans le but ultime de faire émerger l’Armée de Terre qui participe plus efficacement à la Défense Opérationnelle du Territoire (DOT) national et qui sécurise les citoyens et les hôtes du Mali. Les Maliennes et les Maliens, nos compatriotes et bien d’autres aussi, comptent énormément sur nous. Nous devons continuer à mériter d’eux, à mériter davantage de nos devanciers et à mériter encore plus des camarades tombés, afin d’honorer notre serment à l’endroit de cette terre multiséculaire qui a consenti d’énormes sacrifices dans son histoire et que nous devrons aimer fidèlement, rétablir, sauvegarder, préparer et léguer aux générations futures. « Ce que l’Armée attend de nous collectivement est plus ancien que chacun de nous et est bien plus important que nos individualités. » Fantassins, Parachutistes, Commandos, Cavaliers, Artilleurs, Transmetteurs, Logisticiens, Administrateurs, engagés volontaires et frères d’armes de l’Armée de Terre, il n’y a aucun doute : l’effort principal de la mission nous incombe en garnison, sur le terrain et dans l’action. L’Armée de Terre va continuer à jouer son rôle majeur, en permanence et en s’améliorant, au sein de l’effort des Forces Armées Maliennes (FAMa) qui ont une mission régalienne, vitale et pérenne. Dans notre travail collectif en vue de l’action, nous devrons nous faire confiance mutuellement et nous devons rester convaincus, que chaque militaire constitue toujours plus de potentialités, avant tout, pour la réussite de notre mission.

7. Oui, la mission est bien collective et elle l’est absolument, parce que la construction nationale est une œuvre collective. L’union fait la force et la véritable victoire est toujours le couronnement du succès d’un travail d’équipe, en bonne synergie « a team work ». A cet effet, chacun de nous, spécifiquement, selon son grade, ses qualifications, ses potentialités et son emploi devra, infailliblement, apporter sa propre pierre à notre travail d’ensemble. C’est pourquoi, je reste persuadé que dans un élan de foi, tous ensemble comme une seule famille soudée, en frères d’armes fondamentalement, pétris de valeurs essentielles communes héritées de nos Grands Anciens, nous réussirons notre mission collective et nationale. Ces références de valeurs s’appellent : patriotisme, observance d’une discipline réinventée et contextualisée, goût du travail et de l’effort, professionnalisme, fraternité d’armes, esprit de corps, solidarité, endurance, proactivité, écoute, communication, sens du devoir, complémentarité d’armes, respect et estime mutuels, cohésion, courage, bravoure, intégrité, égalité des chances, mérite et récompense du mérite, équité, sens de l’honneur, rigueur, responsabilité individuelle et collective, loyauté, abnégation et sacrifice, bref l’exemple. L’histoire a prouvé que la servitude volontariste, loyale et persévérante dans le travail de tous les jours, conduit inéluctablement au mérite de la grandeur militaire : à notre succès à tous et à la réussite de chacun.

8. Vous avez déjà fait la preuve de ce dont vous et nous sommes capables pour servir notre pays. Je vous en félicite et je vous exhorte à poursuivre davantage la mission, avec encore plus de confiance et de détermination. Dans la vie « chaque être humain peut tomber, mais cela n’est pas le plus grave. Le drame serait de ne pas travailler plus, se battre et gagner, pour se relever, ou encore de ne pas retenir les leçons apprises de cette chute, pour épargner le sang par la sueur. » C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons tous besoin d’apprendre davantage au quotidien pour mieux servir notre pays. Comme on le dit si bien au Mali « chaque jour, les oreilles doivent aller à l’instruction pour mieux se préparer », car on est toujours plus efficace dans l’action quand on s’y est très bien organisé et préparé en amont. J’ai la ferme conviction que le trinôme Discipline, Cohésion et Travail, à travers respectivement une attitude personnelle plus responsable, emprunte de confiance et d’obéissance de notre part. Puis, une meilleure solidarité, cette indispensable cohésion, en notre sein, dans la grande famille militaire, avec un lien ombilical bienveillant entre les générations, et une aptitude professionnelle plus poussée dans la préparation opérationnelle, des chefs et leurs subordonnés dans notre capacité à exécuter les savoir faire techniques et tactiques exigés par le métier et la mission, constituent des leviers pratiques et pragmatiques, voire des conditions impératives de succès à réaliser. Des préalables qu’il nous faudra mobiliser, avec volonté, communication et méthode, dans notre « vision » pour l’Armée de Terre, et ses actions pratiques subséquentes. En cela, la Nation, les familles des militaires, les vieilles personnes, les femmes, les hommes, les jeunes et les enfants, sans oublier nos Anciens, constituent un multiplicateur de force qui nous procure une source inestimable de motivation pour fortifier résolument notre force morale et notre volonté. Cela, à travers le soutien qu’ils apportent tous, chacun suivant sa qualité et selon ses capacités, pour l’optimisme, l’engagement et le réconfort de nous militaires maliens en général, et ceux de l’Armée de Terre en particulier. Cette main amie, conforme au lien Armée-Nation et qui doit se sentir avec confiance, chaque jour davantage, dans nos cœurs et nos familles. Et grâce à cette puissante force synergique, avec nos alliés, nous vaincrons.

9. La restructuration des FAMa dont le processus a commencé depuis fin décembre 2013, et qui s’inscrit dans le cadre de la Réforme du Secteur de la Sécurité (RSS) qui s’ouvre, aussi bien que l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali dont la mise en œuvre est en cours depuis le second semestre 2015, sont autant d’opportunités pour notre réussite. Ces deux leviers stratégiques sont une chance inouïe, pour trouver ensemble la voie, la meilleure, permettant de défendre plus efficacement, et pour toujours, notre unique patrie qui nous unit tous, et que nous avons de commun et en partage. Nous allons continuer à répondre à l’appel du Mali, rappelé à nous, jour après jour, à travers l’Hymne National ; et ce, en nous consacrant principalement à nos missions, prérogatives et tâches individuelles aussi bien que collectives de notre vie quotidienne de militaires, pour Défendre le Mali de nos ancêtres, de nos dignes pères et aînés, de nous-mêmes, de nos enfants, petits-enfants et descendants. Le Mali de demain, nous appelle et nous interpelle là et maintenant.

Nous bénéficions de facteurs favorables pour pouvoir nous lever, prendre l’initiative et y répondre, fidèles à notre serment et à notre destin. Le destin de notre pays, à travers sa vie, a fait penser et dire « qu’il n’est pas possible que l’héritage du Mali, n’est pas laissé dans le sol, mais surtout dans le sang des hommes, les germes d’un renouveau.» Alors, gardons foi, gagnons notre devoir sacré de génération et faisons, par l’action, la preuve vivante de cette espérance, en détruisant totalement, par la Force d’une victoire écrasante et éclatante des armes du Mali, notre ennemi désigné : tous ensemble, sans complexe, avec conviction et ardeur.

 

Vives les Forces Armées Maliennes, Vive l’Armée de Terre, Subordonnées à l’autorité civile.

 

Je vous remercie pour votre aimable attention.

Kati, le 18 juin 2016