TÉMOIGNAGE DU Général de Division Souleymane Yacouba Sidibé AUX FUNÉRAILLES DU GAL BR TOUMANI SISSOKO

Bissimilahi Rahamani Rahim
Louange à Allah, Le Tout Puissant, Le Miséricordieux, Créateur des cieux et de la terre
Mon Cher Toumani,
Je porte ce témoignage sur une amitié indéfectible, vieille d’au moins 47 ans, mandaté par les officiers de la 4ème promotion de l’Ecole Militaire Interarmes (EMIA), la promotion Général Abdoulaye Soumaré, celle à laquelle tu appartiens.
Honorer et rendre hommage d’une voix et d’un timbre assurés, à un être cher qui vient à peine de vous quitter, et pourtant tellement vivant dans vos cœurs et dans vos souvenirs, n’est pas chose aisée.
Mais ce serait te faire injure, à toi qui a surmonté tant d’émotions plus pressantes, si devant un rassemblement si impressionnant de parents, d’amis, de compagnons d’arme et de sympathisants, je ne m’acquittais pas de cette mission.
Qu’il semble daté seulement d’hier ce jour de novembre 1969 où, venant d’horizons divers, au nombre de trente, nous sommes arrivés pour la première fois dans la cour de la prestigieuse école militaire, logée à l’époque au camp Soundiata de Kati! C’était le prélude d’une fantastique profession de foi, l’engagement sous les drapeaux.
Depuis lors, que de chemin parcouru, mon Général!
Militaire dans la plénitude et la noblesse du terme, tu le fus. En témoigne l’oraison funèbre qui vient de nous être lue, et bien plus encore, même s’il n’est point nécessaire d’en rajouter.
Depuis, tu as sillonné et servi avec honneur aux quatre coins du territoire national, à l’occasion, dans les unités les plus éprouvantes.
Les qualités d’officier qui t’habitent, alliées à d’autres mérites personnels, t’ont permis de gravir les échelons les plus élevés de la hiérarchie militaire et plus tard incité les hautes autorités à te confier des missions extra muros, prestigieuses, dont tu t’es acquitté avec brio dans des pays amis du Mali.
Au-delà de ta brillante carrière dont ils se félicitent, tous ceux qui ont eu le privilège de servir avec toi ou sous tes ordres, retiendront le souvenir d’un homme d’une grande simplicité, entier, sincère et franc, un interlocuteur nanti d’un gros cœur, qui ne se départait jamais d’un sourire aux lèvres.
Mon cher Tom,
Mon cher B.G. (abréviation pour Brave Guerrier),
-Deux sobriquets par lesquels nous, tes compagnons de la 4ème Promotion de l’EMIA, aimions à t’appeler-
Avec toi, nous avons partagé tant de projets, de joie et de peine, de soucis et d’espoirs, ensemble fait tant de choses, souvent les plus élémentaires, et ce, dans une atmosphère conviviale dont toi seul détenait le secret, qu’il semble irréel de devoir désormais conjuguer au passé tous ces souvenirs, parce que la grande faucheuse a prononcé son verdict sans appel possible.
Mais l’implacable mort, puisqu’il faut la nommer, ne saurait effacer les souvenirs, malgré la complicité du temps, redoutable ennemi de la mémoire.
Parce que tu incarnais pour beaucoup un exemple à suivre, ta mort est pour nous une leçon de vie, car au moment où tu nous dis au revoir, il nous reste des milliers de souvenirs de toi pour entretenir notre mémoire … jusqu’au jour de nos retrouvailles.
Le poète a dit:
« J’ai écrit ton nom sur le sable,
Mais la vague l’a effacé,
J’ai incrusté ton nom dans le marbre,
Mais la pierre a cassé.
J’ai enfoui ton nom dans mon cœur,
Et je temps l’a gardé. »
Oui, mon cher Tounani, la vie ne dure qu’un instant. Mais seul l’oubli fait redouter la tombe. L’amour que l’on voue à nos chers disparus est éternel. Pourquoi serais-tu hors de nos pensées, simplement parce que tu es hors de notre vue?
Sache que tu ne nous quittes point. Tu es seulement passé de l’autre côté du fleuve, tandis qu’une barque intemporelle mouille au quai, dans l’attente de relier les deux rives, quand viendra notre tour, car la mort est une dimension fondamentale de notre existence.
Dors en paix, mon Général.
Aux prières de tes épouses, de tes enfants, de tes proches et de tes nombreux accompagnateurs, nous joignons les nôtres pour que le Tout-Puissant t’accueille dans son royaume.
Merci d’avoir été notre ami de promotion.
Nous ne t’oublierons jamais.

Général de Division (2S) Souleymane Yacouba Sidibé
(25 Août 2016)