Programme de sécurisation intégrée des régions centre du pays : un forum à Ségou pour un plan d’action

Bâtir la paix sociale est une affaire de tous et de chacun. Il y a donc nécessité d’une mobilisation tous azimuts. La communication a un rôle à jouer à cet effet. C’est là la substance de l’atelier de Ségou.

Le Plan de Sécurisation Intégrée des Régions Centre du mali (PSIRC) a été initié en février 2018. Un décret présidentiel le valide en août 2018.

Sa mise en œuvre nécessite un Plan d’actions. C’est à cet effet qu’un forum s’est tenu à Ségou du 24 au 26 octobre 2018. Sa thématique portait sur la Sécurité, la Gouvernance et le Développement Socioéconomique.

Il est important de noter la diversité des participants. Le forum de Ségou sur la sécurité, la Gouvernance et le développement Socioéconomique a réuni des acteurs aussi divers que variés venant des sept cercles de la région. Il s’agit des représentants des communautés à la base, chefs de villages et autorités traditionnelles, société civile, notabilités religieuses, administration publique, et élus à tous les niveaux des collectivités territoriales, les forces de sécurité, le Gouvernement et les partenaires techniques et financiers, notamment les experts de l’Union Européenne, de l’EUTM et d’Eucap Sahel.

Supervisé par le Ministère de la Sécurité et de la Protection civile, le Forum de Ségou a été conjointement organisé par le Gouvernorat de la région de Ségou et le Conseil régional avec l’appui de l’Action de Stabilisation de l’Union Européenne de Mopti et de Ségou.

Le forum a planché sur les facteurs propices à la sécurité, la gouvernance, le développement socio-économique, et un vivre ensemble paisible dans la région de Ségou. Il a permis un débat inclusif franc et responsable sur la situation sécuritaire dans la région de Ségou entre les représentants des élus, les associations et sensibilités religieuses, les chefs de villages, des communautés traditionnelles, les chasseurs, les diverses catégories socio-économiques, les structures étatiques régionales et nationales, des forces de sécurité et les partenaires techniques et financiers.

En somme il s’agissait d’identifier et de convenir de facteurs propices au renforcement de la sécurité humaine, en référence aux axes stratégiques et domaines d’intervention proposés dans le PSIRC.

L’interdépendance entre sécurité et développement économique a été rappelée et soutenue par tous.  Le représentant de l’ambassadeur de l’union européenne monsieur Salvador Franca a réitéré le soutien et l’accompagnement de son organisation tout en faisant appel à un dialogue inclusif pour une meilleure gestion de la question d’insécurité.

La séance d’ouverture a enregistré la présence des représentants des Ministres de la Sécurité et de la Protection Civile, le colonel major Ismala Deh, et de l’Administration, Abdalah Faskoye, le représentant de l’ambassadeur de l’union européenne monsieur Salvador Franca. L’inspecteur général Ibrahima Diallo, Commissaire à la Réforme du Secteur de la Sécurité en était le modérateur général.Trois panels

Sur la sécurité, la gouvernance, le développement socioéconomique et la communication

Le forum a travaillé sur les composantes ci-après, sous le format de panel : sécuritaire, gouvernance, développement économique et social et communication.

Le Panel 1  a traité de : enjeux, défis et complémentarité des acteurs dans la sécurisation des personnes et de leurs biens dans la région de Ségou-communautés à la base, administration territoriale et forces de sécurité

Il est ressorti que les questions liées à la gestion des problèmes sécuritaires nécessitent aujourd’hui une nouvelle approche participative. La promotion de la paix est une affaire de tous et non le seul apanage des forces armées et de sécurité. Les formes d’insécurité multidimensionnelle auxquelles font face les forces de sécurité et les populations dans les différents secteurs de la région ont été clarifiées : enlèvement de bétail, privation de libertés fondamentales, meurtres, brigandages, engins explosifs, conflit inter communautaire, etc., notamment dans les cercles de Macina et de Tominian.

C’est pourquoi une synergie d’action pour soutenir le plan de sécurité afin d’instaurer une paix durable a été prônée. L’Etat a été invité à plus de responsabilité face au problème d’insécurité. L’impunité et la violence ont été bannies comme mode d’expression. Seul dialogue a été privilégié par les participants à ce forum.

Le Panel 2 a traité de : administration déconcentrée et perspective de renforcement des acquis pour une gouvernance et un développement socio-économique harmonieux

Le plan de sécurité peut et doit contribuer à une bonne gouvernance et un développement socio-économique. Les défis sécuritaires sont énormes avec leurs corollaires d’assassinats et enlèvements sporadiques dus à l’insuffisance des moyens humains, et logistiques des Forces armées et de sécurité. Mais, il y a aussi une certaine méfiance réciproque, qui a été évoquée entre les acteurs sécuritaires et les populations.

Il été souhaité une meilleure fonctionnalité des services de l’Etat pour le PSIRC en vue de mettre en pratique des actions de sécurité, de gouvernance, de développement local et communautaire.

La jeunesse réclame une plus grande implication dans la recherche de solution à l’insécurité. Mais il lui faut plus d’emplois afin de lui éviter le spectre de l’enrôlement par les groupes de pression.

Le Panel 3 a traité : communication et dialogue entre les acteurs de sécurité, de gouvernance et de développement socio-économique

Le principe de de la communication est l’incitation à un changement de comportement. Ainsi, le modus vivendi de la communication sociale s’articule le paradigme suivant : convaincre, contraindre, contrôler. La communication, notamment sociale et humaine, est apparue comme l’échine du PSIRC. Tout doit être mis en œuvre afin d’emmener les parties prenantes au dialogue, à la concertation.  Des mécanismes et outils ad hoc doivent être vitalisés et/ou imaginés. Il s’agit notamment du rôle des griots, leaders religieux, communautaires, traditionnels. Les comités de sécurité régionaux et/ou locaux devront être rotatifs, délocalisés et plus inclusifs.

Des radios communautaires avec un contenu adapté sont à imaginer au plus près possible des populations à la base. Des débats dans les structures nationales leur seront toujours complémentaires avec beaucoup de fréquence appropriée. Des vidéos et autres activités artistiques sont aussi nécessaires. En tous les cas les caravanes de sensibilisation urgent.

Mais cette communication ne réussira qu’en accompagnant un comportement exemplaire de la part de tous les acteurs.

Le mauvais comportement de certains personnels FAMa est fréquemment indexé comme une source majeure de difficulté, donc de méfiance entre populations et FAMa. Les chasseurs Dosso menacent même de s’en prendre aux gendarmes.

C’est pourquoi des missions de bons offices urgentes ont été suggérées auprès des populations et des communautés à la base.

Les autorités ont été invitées à tout mettre en œuvre pour éviter le port anarchique de l’uniforme militaire par les malfaiteurs afin d’éviter une confusion avec les FAMa sur le terrain. Il y a aussi et surtout que l’absence de l’Etat, notamment les FAMa, laisse libre cours aux bandits pour y installer leurs nids. Le forum recommande vivement l’intensification des échanges et concertations entre les populations et les forces de sécurité au centre du pays.

Il n’y a pas d’autre alternative que la sensibilisation-éducation-veille-contrôle, s’il y a lieu. Il est recommandable :

Aux FAMa de :

  • aller et parler aux populations (radios locales, messages, vidéogrammes, etc.)
  • intensifier les ACM
  • veiller au respect des droits de l’homme
  • ne pas craindre d’interpeller un suspect
  • user de radios ou tout autre média de proximité

Aux populations de :

  • susciter la confiance des FAMa par leur bonne et France collaboration dans la fourniture du renseignement
  • partager avec diligence les informations
  • constituer des cadres et instances de concertations communautaires inclusifs
  • convenir et déterminer des normes et valeurs communautaires à diffuser et faire respecter
  • mettre sur pied des instances de saisines et de transmissions des informations aux FAMa.

Aux autorités administratives de :

  • organiser, créer des organes d rencontres et de dialogues formalisés
  • favoriser la mise sur pied de radios de proximité
  • organiser et favoriser des activités populaires
  • délocaliser la tenue des conseils de sécurité régionaux et locaux
  • élargir les conseils de sécurité régionaux et locaux aux leaders d’opinion locaux et/ou régionaux (jeunesse, femmes, etc.)

En se parlant, l’on parvient toujours à un consensus.

Colonel Diarran Koné, participant au Forum